L’affaire du décès du Second maître de la Marine nationale, Johan Bounda avait semé stupeur et colère au sein de l’opinion gabonaise, au regard des conditions atroces dans lesquelles ce militaire engagé pour la défense de la patrie a quitté les siens. À la surprise générale, le jeune homme avait connu la mort, dans les mains de ses frères d’armes. En effet, c’est à la suite d’une incarcération au sein des locaux de la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM), communément appelée B2, pour des suspicions de vol d’argent et de bijoux qui auraient eu lieu au domicile du Général Ossima Ndong, alors secrétaire général du ministère de la Défense nationale, que le militaire a perdu la vie. Ce dernier était en poste au domicile de l’officier supérieur, car faisant partie de l’escouade en charge de la sécurité de celui-ci. Après le drame, des individus avaient été interpellés et mis aux arrêts. Sauf que, désormais, les mises en cause dans cette affaire pourraient recouvrer la liberté, provisoire soit-elle, au grand dam de la famille du défunt.
« Toute tentative de dissimuler la vérité et de mettre en lumière des velléités corporatistes tendant à détourner l’enquête sera traitée comme une entrave à l’action de la justice », avait lancé le procureur général de l’époque, Bruno Obiang Mvé, après la découverte de la dépouille du Second maître de la Marine nationale, Johan Bounda, le 21 décembre 2024, à la morgue de l’Hôpital d’instruction des armées Omar Bongo (HIABO). Le Soldat avait été retrouvé avec plusieurs marques sur le corps, ce qui pouvait renseigner sur le caractère violent de ses conditions d’incarcération au sein du B2.
Le 24 décembre 2024, soit trois jours après la découverte du corps du Second maître Johan Bounda, à la morgue de l’hôpital militaire, le Général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, alors président de la Transition, avait tenu en urgence une réunion du Conseil de sécurité, situation rare pour le pays, afin que les auteurs de cet acte ignoble soient traduits en justice, mais surtout que les différents chefs de Corps recadrent « leurs éléments ». Au lendemain de cette rencontre d’envergure, soit le 25 décembre 2025, le ministère de la Défense nationale, dans un communiqué lu par le Lieutenant-colonel Christian Ossiba, sur les antennes de la télévision d’État, avait annoncé l’ouverture d’une enquête.
Si l’on s’en tient à ces nombreuses sorties empruntes de volonté à » établir » la justice. Les derniers évènements soulèvent des questions. Lors des premières auditions, deux (2) officiers généraux avaient été entendus et huit (8) agents étaient suspectés de l’assassinat de Johan Bounda. Au sortir de là, les nommés Smith Lombangoye , Alain Missono Mebiame et Steeve Mintsa ont été mis en cause, puis incarcérés à la Maison d’arrêt de Libreville. Mais les trois individus pourraient sortir, car une demande de mise en liberté provisoire a été initiée par les avocats des détenus. Une hypothèse que la famille du Second maître Bounda réfute avec force.
Celle-ci avait saisi le tribunal de première instance de Libreville, en juin dernier, notamment le Doyen du cabinet d’instruction, via l’avocat de la famille. L’un des points de revendications reste le respect des dispositions de l’article 132 du Code de procédure pénale qui dispose que la détention préventive est une mesure exceptionnelle, répondant à des exigences. Elle est maintenue dans certains circonstances. Notamment, lorsqu’elle est l’unique moyen de conserver des preuves, les indices matériels ou d’empêcher soit une pression sur les témoins ou les victimes, soit une concertation frauduleuse entre inculpés et complices. Aussi, lorsqu’elle est nécessaire pour préserver l’ordre public du trouble causé par l’infraction (…) ou pour garantir la représentation de l’inculpé devant la justice.
Voilà autant d’éléments sur lesquels s’appuie la famille du Second maître Johan Bounda pour rappeler aux autorités judiciaires que la mise en liberté provisoire éventuelle des accusés dans cette affaire ne devrait pas avoir lieu.

