Gabon/Le « kounabelisme » : une pratique à la peau dure qui paralyse l’administration publique ?

Au Gabon, un mot refait surface dans les conversations, sur les réseaux sociaux comme dans les milieux professionnels : le « Kounabelisme ». Derrière ce néologisme à la sonorité presque familière, se cache un phénomène ancien toujours bien vivant. Il s’agit d’une attitude « opportuniste », consistant à faire du culte de la personnalité un levier d’ascension sociale ou professionnelle, souvent au détriment du mérite et de la rigueur républicaine. Loin d’être un simple fait social isolé, le Kounabelisme semble s’être incrusté au cœur de l’appareil administratif, et gangrène même les plus hauts niveaux de décision.

Ministères, directions générales, services publics : lorsqu’une activité politique d’envergure est annoncée, on assiste à un véritable exode des agents, tous accourant vers le lieu de l’événement pour « se faire voir », laissant derrière eux des services dépeuplés et des usagers désemparés. Cette course effrénée à la visibilité, souvent encouragée par des responsables eux-mêmes, prend la forme de marches de soutien, d’appels publics à la candidature d’un leader, ou de déclarations spectaculaires sur les plateaux de télévision. Autant de pratiques qui, loin de renforcer les institutions, contribuent à les affaiblir en détournant les ressources humaines de leur mission première : le service public.

Plus alarmant encore, certains ministres, censés être les garants du bon fonctionnement de leurs départements respectifs, se muent en animateurs politiques, sacrifiant l’éthique administrative sur l’autel d’un clientélisme déguisé. Ces dérives soulèvent de sérieuses interrogations en matière de déontologie, de responsabilité publique, mais aussi d’avenir institutionnel. Dans un pays en pleine transition politique, aspirant à plus de transparence et d’efficacité, le Kounabelisme apparaît comme une rémanence d’un système ancien que beaucoup espéraient révolu.

Aujourd’hui, il est plus que nécessaire de rectifier le tir. Il s’agit de la refonte profonde de notre administration. Pour être forte et respectueuse, celle-ci devrait dissocier l’engagement républicain des ambitions professionnelles. Plus qu’un mot, le Kounabelisme est devenu le miroir d’un mal profond que le Gabon devra tôt ou tard affronter s’il veut engager une véritable restructuration.

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