
Il y a plus d’un an, les autorités gabonaises lançaient le projet Taxi Gab+, une initiative ambitieuse visant à nationaliser progressivement le secteur du transport urbain. Pendant longtemps, cette activité essentielle à la vie quotidienne des Gabonais était dominée par des ressortissants de pays amis. Le gouvernement, dans sa volonté de réappropriation de l’économie nationale, a donc pris le pari de confier ce secteur à des nationaux en distribuant en deux vagues successives 816 véhicules à usage commercial, dont 75 à Port-Gentil, à des citoyens présélectionnés selon des critères bien définis.
Ce projet, salué à son lancement comme un symbole de souveraineté économique et d’émancipation sociale, semble aujourd’hui perdre de sa noblesse à cause d’agissements jugés anti-patriotiques par une frange croissante de l’opinion publique. Selon des sources concordantes, plusieurs bénéficiaires auraient confié leurs véhicules à des tiers, notamment à des ressortissants étrangers, en totale contradiction avec les termes du contrat liant les conducteurs au promoteur du projet. Un acte perçu comme une trahison de l’esprit même de Taxi Gab+. Sur le fond, cette pratique soulève des interrogations. Pourquoi certains compatriotes, ayant été sélectionnés pour conduire leur propre Taxi, décident-ils de déléguer cette activité à d’autres ? Une question qui vaut son pesant d’or.
Toutefois, certains évoquent plusieurs hypothèses. Parmi ces dernières, celles de l’épuisement physique, des raisons de santé ou encore des contraintes familiales. Mais quelle que soit la justification, le cadre légal est clair : seul le bénéficiaire initial est habilité à exploiter le véhicule. Plus grave encore, ces délégations illicites vont à l’encontre de la vision gouvernementale de redynamisation de l’économie nationale par et pour les Gabonais. Car permettre à des étrangers de reprendre discrètement le contrôle d’un secteur qui venait à peine d’être récupéré est perçu par beaucoup comme une forme d’auto-sabotage. Le patriotisme économique, prôné à travers cette initiative, se heurte ici à la réalité d’une partie des comportements de ses bénéficiaires.
Le non-respect du cahier des charges expose les contrevenants à des sanctions fermes : confiscation pure et simple du véhicule, voire des poursuites judiciaires. Ces mesures, bien que dissuasives, seront-elles suffisantes pour enrayer un phénomène qui semble déjà s’installer ? L’enjeu dépasse la simple gestion logistique d’un projet. Il s’agit d’une bataille pour l’adhésion réelle des citoyens aux projets de développement initiés par l’État.