26 septembre 2026

RDC-Rwanda : la guerre à distance pour la tête de l’OIF

Un second front s’est ouvert entre Kinshasa et Kigali : un front feutré, protocolaire, mené en costume-cravate dans les capitales du monde francophone, mais tout aussi révélateur de l’état des relations entre les deux pays. Il se joue autour de la course au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Une candidature portée par ses propres mérites

Le 26 février 2026, le gouvernement congolais annonçait officiellement la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire générale de l’OIF. Le communiqué du ministère de la Communication et des Médias en fixait d’emblée l’ambition : « contribuer au renouveau et au rayonnement de l’espace francophone ».

Loin d’être une simple réaction de circonstance, cette candidature s’appuie sur des atouts propres à la RDC et à sa candidate. Premier pays francophone du monde par sa population, la RDC dispose d’une légitimité démographique et culturelle majeure dans l’espace francophone.

Ancienne ministre de la Culture et fille de l’ancien Premier ministre Patrice-Émery Lumumba, Juliana Amato Lumumba porte une vision qu’elle a elle-même résumée en ces termes : « une Francophonie vivante, une Francophonie plus inclusive, une Francophonie des peuples ».

Le gouvernement congolais a d’ailleurs pris soin de situer cette candidature au-dessus des tensions bilatérales. « Cette élection n’est pas une rivalité entre États », a rappelé le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, soulignant que « l’OIF est une organisation multilatérale qui dépasse les différends politiques conjoncturels ».

Une ligne cohérente avec le poids que la RDC entend faire valoir : celui d’un pays qui, par son ampleur démographique et son engagement culturel, aspire à peser davantage dans la gouvernance de la Francophonie internationale.

Kigali défend son bilan

Face à cette candidature, Kigali met en avant la continuité. Louise Mushikiwabo, qui dirige l’OIF depuis 2018, brigue un troisième mandat. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a défendu son bilan institutionnel, mettant notamment en avant la gestion budgétaire, les ressources humaines et les actifs de l’organisation. Autant d’arguments que Kigali entend faire valoir auprès des chefs d’État et de gouvernement membres de l’OIF.

Une candidature placée sous le signe de la continuité, face au projet de renouveau défendu par Kinshasa : deux approches qui se confrontent dans une compétition où les enjeux institutionnels se mêlent au contexte diplomatique entre les deux pays.

Deux autres candidatures en marge du duel central

La compétition ne se limite toutefois pas à ces deux figures. La Mauritanienne Coumba Bâ, ministre-conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et envoyée spéciale auprès de l’OIF, porte une candidature qui élargit la représentation géographique de l’organisation. Plusieurs analyses soulignent toutefois la place relativement secondaire du français dans son pays. L’ancien Premier ministre roumain et ex-commissaire européen Dacian Cioloș incarne, de son côté, une candidature européenne et technocratique.

Leur présence rappelle que l’OIF demeure une organisation mondiale. Mais la candidature congolaise, par l’ampleur de l’ambition affichée et la mobilisation diplomatique qu’elle suscite, occupe une place importante dans cette compétition.

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